| Mars 2010 | ||||||||||
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C’est
un... un... ah ben merde, je le dirai plus !
Ah nous, les viocres, quand on pense aux arbres
ça nous raccourci la mémoire...
alors qu’à vous, les jeunes, ça vous raccourci les bagnoles !
Parce qu’alors-là, pardon !
Dans le journal du lundi matin, quelle hécatombe.
Des maques cannés sur les route,
on peut dire qu’il y a le compte.
Fais gaffe, même si tu te fais conduire par un copain... ou une copine !
J’ai 85 berges peut-être, mais je
connais la musique...
et puis j’ai des nièces et des petites nièces...
tiens, je vais te faire
rigoler...tu sais le gendre de Mr Tuilard... ?
Mr Tuilard, tu vois qui c’est ?
Le vieux débris qui crèche au-dessus de ma turne...
le perdreau, le cogne, la flicaille... tu te rappelles pas ?
Mais si, tu l’as vu l’autre jour... tu vois ?
Oui, voilà, ben c’est lui Mr Tuilard !
T’as vu cette gueule de faux jeton de flic en retraite ?
Et attends : 91 piges
le gardien de la paix !
Tu trouves qu’il les fait pas ? Quand tu le vois, peut-être...
mais quand tu le connais un peu
mieux...
tu vois qu’il bien l’âge de ses artères ce vieux cradingue...
ah c'est pas au carrefour qu'il s'est usé la santé... enfin...
comme quoi le petit bâton blanc, ça conserve...
qu’est-ce que je te disais déjà... ?
Tu vois là, on est dans la petite cour...
ici, c’est pour étendre le linge...
on est quand même bien tranquille ici...
la seule vacherie, si tu regardes,
c’est la copropriété...
remarque, moi je m’en fous...
j’ai vécu 14 ans en cité, dans des tours de 20 étages.
Alors quand je dis qu’ici, c’est tranquille, tu peux me croire.
N’empêche qu’à la dernière
réunion
avec mon air con et ma vue basse
j’ai vidé mon sac et crois-moi
j’ai pas mâché mes mots... je leurs ai fait :
« Vous êtes qu'une bande de cons ! Y’a que des proprio ici
et on se croirait chez les Petites Soeurs des Pauvres.
Vous pinaillez sur les charges comme des peigne-culs.
Le problème, y’en a qu’un !
C’est qu’il y’a deux sortes de proprio ici :
ceux qui vivent sur place... comme Moi par exemple...
comme Mme Lachouère
qui occupe les deux rez-de-chaussée avec sa fille
Mr Sierra du premier
Mr Tuilard, mon voisin du dessus...
Mme Ruchier au second en face...
et puis y’a ceux qui habite ailleurs...
comme vous Mr Bulteau-Frisedou...
qui avez divisé votre grenier en 4 cages à lapins
que vous louez n’importe comment... ».
Faut dire ce qui est, non ?
C’est pas à 85 berges que je vais la fermer...
Dis-moi, qui c’est qui ouvre sa fenêtre ? C’est pas Mr Tuilard ?
Ouf non, c’est les jeunes d’à côté.
C’est que je m’en méfie de Mr Tuilard... il est tout seul aussi...
Et comme il s’emmerde à longueur
de journée, il m’espionne.
Le réflexe du flicard ! Moi, j’ai jamais pu les blairer
et puis faut dire aussi qu’avec les exploits de mon pauvre mari
chez nous, on pouvait pas voir les choses autrement.
Ah si tu voyais ça, une vraie sangsue, le lardu...
je l’ai constamment sur le râble, il me lâche pas l’élastique...
il est gonflos comme on dit.
Faut toujours qu’il vienne trafigougner dans mes pénates.
Mais quand j’en ai marre, je fais ni une, ni deux
je te le saque sans ménagement.
« Je vous ramène du pain Mme Bignole ? Je vais jusqu'à Attac ! »
Attends, 91 berges le
viocre ! Et il y va encore en bagnole à Attac...
avec sa R8 grise qu’on dirait un corbillard... moi, je lui fais :
« Vous n’avez pas honte à
votre âge, de conduire encore ?
Que vous pouvez écraser n’importe qui ! »
Je le sais que trop bien qu’il y
voit fifre le vieux.
Pour lire le journal, va lui falloir des jumelles et encore...
faut toujours qu’il me demande
pour les petites lettres.
L’autre fois, il voulait pas m’emmener avec lui ?
Mais pas folle la guêpe ! Même de force...
je risque pas d'y monter dans sa charrette à bras...
Qu’avec sa gueule de
mort-subite
il peut te clamser au premier coin de rue
et t’envoyer dans le
décor... non merci !
Et puis je risque pas le bouffer son pain !
Rien qu’à l’idée de savoir qu’il l’a touché avec ses pognes
ça me donne envie de dégueuler.
Parce qu’il pavoise mais ce qu’il oublie de te dire
c’est qu’il a des fuites Maigret... ça t’étonne à son âge ?
Merde, aujourd’hui, si on veut bien s’en donner la peine...
on trouve des trucs bien en pharmacie...
on peut s’oublier et rester quand
même propre.
Seulement... faut les allonger, tu comprends ?
Et lui, radinasse comme il est, tu
penses...
Que tu le veuilles ou non, quand on vieillit
faut pas lésiner avec l’hygiène, parce que sinon...
tu schlingues comme dit l’autre.
On n’y peut rien, c’est comme ça... on est vieux, on sent le vieux !
Alors imagine si en plus, tu te lansquines dans le fourreau.
Moi, je lui ai déjà dit qu’il sentait mauvais à Mr Tuilard...
Des fois il arrive avec sa gueule
enfarinée
une grande auréole de pisse comme ça sur le bénouze...
il vient s’asseoir à la table : « Bonjour Mme Bignole ! »
Moi je lui réponds :
« Bonjour l’odeur... »
Là faut plus dire qu’il sent mauvais... on peut dire qu’il pue Mr Tuilard !
Et je te parle pas de son haleine
de camion poubelle...
Son ratelingue, il doit pas le rincer tous les soirs dans l’eau bénite !
Tu crois pas qu’il pourrait pas se
rincer un peu la bouche... ?
Ou même s’acheter un spray... ?
Pour les nouveaux locataires...
c’est lui qui les a vus monter la première fois
avec le gros chien berger des Pyrénées... et vu qu’en haut...
c’est pas plus grand qu’une penderie, tu m’as compris... ?
Avec les deux maques, les parents et le molosse...
pour dormir tous
ensemble, balpeau, c’était pas possible.
C’est pas de leur faute, c’est grand comme une boite à chaussures
y’a que 2 pièces, en comptant le
cabinet de toilette.
C’est pas duraille pour entraver la suite...
Faute de place, ils ont viré le
clébard sur le palier.
Moralité, il a couiné toute la noye et personne a dormi...
Eux, ils ont pas voulu céder,
c’est normal...
alors le clébard, il s’est vengé à sa manière...
il a pissé et chié
partout dans l’escalier... des colombins comac...
le matin, soi-disant que c’était
une infection...
le flic est venu me voir avec sa charentaise pleine de merde...
il lui avait coulé un bronze sur
le paillasson...
et Mr Tuilard qui sortait en robe de chambre...
tu parles d’une belle
glissade...
Faut voir ce qu’on leur loue aussi.
Je lui ai dit à Mr Boulteau Frisedou...
qu’avec son pif comme une aubergine
et ses petits yeux en couilles d'hirondelles
bons qu'à suivre les cours de la Bourse...
Ah çui-là, y’a que son pognon qui l’intéresse...
et il s’y agrippe, crois-moi...
Plus c’est viocre et moins ça les lâche...
on dit la maladie "d’Aillezaïmer"
mais tu parles...
y’en a qui font des études dessus, mais c’est bien des conneries.
Le vieux, t’as pas besoin de le
passer au scanner
pour voir s’il ondule de la toiture ou non...
t’as qu’à t’attaquer à son oseille
tu vas vite voir de quoi y retourne. Tu lui fais :
« Bonjour Pépé, allez vas-y, crache ton osier ! »
tu vas vite voir s’il a encore la lumière dans toutes les pièces...
Houlala ! Je vais te mettre en retard drôle...
Allez, je te lâche, passe une bonne soirée
et passe de temps en temps
n’oublie pas la vieille...
viens lui tailler un brin de causette... »
Aldo Campo ©
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