14. INT. Fin de matinée. Bureau de Louis
Richaud
Richaud tente de séduire une fois de plus Cécile qui ne sait plus comment faire pour se
soustraire à ses avances. Mais au moment où ils sont très près l’un de l’autre, la porte du bureau s’ouvre et MICHEL TARESQ, le ministre de la Justice apparaît. Cécile quitte la pièce. Richaud fait des courbettes au Ministre.
CECILE DUCORD entre gênée dans le
bureau
Me
voici Monsieur… !
LOUIS
RICHAUD
Ah ! Voilà mon rayon de soleil ! Asseyez-vous près de moi mon
enfant, que je me rende
compte comme vous êtes jolie ce matin…
CECILE DUCORD
Monsieur... non, s’il vous plaît !
LOUIS
RICHAUD
Voyons,
ne rougissez pas mon petit oiseau... vous êtes si charmante ce matin que vous me laisserez bien vous embrasser…
CECILE DUCORD résiste et se replie sur elle-même
S'il vous plait... non !
LOUIS RICHAUD s’adoucit et lui caresse les
cheveux
Voyons Cécile, ne
vous braquez pas comme ça ! Je ne vous veux aucun mal ! Vous vous êtes bien aperçue que j’éprouvais des sentiments pour vous ?
CECILE
DUCORD
J’en ai
même parlé à ma mère !
LOUIS RICHAUD
Comme c’est candide à cet âge ! Et qu’en a dit votre maman ?
CECILE DUCORD
Elle m'a rappelé la chance que j'avais de pouvoir faire partie de
votre personnel et m'a prier de rester poli avec vous !
LOUIS RICHAUD commence à l’étreindre
Petite Cécile, votre mère possède l’expérience des choses de la vie, comme toutes les mamans, elle sait ce qui est bon pour
vous…
MICHEL TARESCQ frappe et entre
directement
Hum !
Pardonnez-moi, j’ai cru bon de ne point me faire annoncer…
Louis et Cécile se lèvent confusément.
LOUIS RICHAUD obséquieux au
possible
Oh, ça par
exemple ! Bonjour M. le Ministre… je ne vous attendez pas de si bonne heure... laissez-nous mon petit, voulez-vous ? Hum ! Voilà...
MICHEL TARESCQ à Cécile qui sort
Ne vous laissez pas impressionner par une simple visite amicale,
Mlle…
à Richaud avec un clin d'oeil
Quand même, hein ? Quelle belle santé vous affichez, Richaud !
LOUIS RICHAUD
M. le Ministre, je suis confus…
MICHEL TARESCQ
Confus, vous plaisantez ? D'autres
en seraient flattés à votre place.
LOUIS RICHAUD
Installez-vous à votre aise M. le Ministre.
14 b. INT. Bureau Louis Richaud
Le ministre évoque la réclamation pour les farines douteuses. Richaud se justifie maladroitement. Le ministre lui demande de rectifier la chose. Louis accepte sans
broncher. Le ministre lui apprend qu’une place de député est vacante. Il convainc Richaud de se présenter en lui assurant le soutien du gouvernement. Il lui apprend que de faux billets de 1000 F
circulent depuis peu. Lesueur annonce la venue de Dumont. Louis raccompagne le ministre en évoquant le cas Dumont.
MICHEL TARESCQ
Dites, je suis venu pour vous parler en tête à tête d’une réclamation dont a été saisi mon collègue de la Guerre. Il s’agit de farines sortant
de chez vous qui n’étaient pas de la qualité voulue. Vous pouvez m'éclairer sur ce sujet ?
LOUIS RICHAUD
M. le Ministre, j’ai toujours fourni à l’Etat des farines surchoix,
sans hésiter, même quand la production indigène ne se montrait pas à la hauteur, à me procurer à grands frais de transports, des farines... reconnaissons-le, parfois exotiques
!
MICHEL
TARESCQ
Des
farines exotiques qu’on pourrait en retour, vous régler en monnaie de singes !
Mimique désapointée de Richaud
Dorénavant fournissez le produit exigé sans rien de plus, ni de moins. Je partage votre avis, le patriotisme doit donner à la caserne un avant-goût de la guerre, inutile de gâter le troupier,
mais dans tous les cas, fournissez le produit adéquat, c’est bien compris ?
LOUIS RICHAUD
Je vous promets d'y veiller personnellement M. le Ministre !
MICHEL TARESCQ se détend soudainement
Parfait ! Respirez Richaud, cet incident ne guide en rien
l’objet de ma visite. D'un autre côté, mon fondé de pouvoir m’a communiqué d’excellents résultats à votre sujet. Vos bénéfices sont à la hauteur de nos espérances. Quand je dis excellents, je
pèse mes mots et je pense qu'il serait temps de faire bénéficier le pays de votre savoir-faire ? Dites-moi, songez-vous toujours à la Députation ?
LOUIS
RICHAUD
M. le
Ministre, je n'oublierais jamais tout ce que je dois au gouvernement… mais pour pouvoir me présenter… comment dirais-je… ? son appui me semblerait absolument
indispensable…
MICHEL TARESCQ
Et d’autant plus efficace qu’il serait souterrain, Richaud !
LOUIS RICHAUD
Hum... J’aimerais comprendre, M. le
Ministre.
MICHEL
TARESQ
Figurez-vous qu'une occasion en or se présente, et j’ai immédiatement pensé à vous ! Navarrin vient de mourir et son siège est vacant. Vous voyez de qui il s'agissait
?
LOUIS
RICHAUD
Navarrin ? Attendez voir… Navarrin... ah oui, il représentait un arrondissement du Rhône et Loire, si je ne me trompe pas ?
MICHEL
TARESCQ
Exact !
Je vois que vous lisez les bons journaux ! C’était un brave homme, une sorte d'extrémiste du peuple dont les succès électoraux ne parviennent hélas, qu’à effrayer les capitaux et entraver le
cours naturel des affaires.
LOUIS RICHAUD
C'était aussi un homme de terrain, issu de son arrondissement...
MICHEL TARESCQ
bah ! Un pays minier à la population fruste qui réclame l’homme dès son plus jeune âge. Education
primaire, dépense physique considérable, les proies idéales des sonneurs de trompettes… Vous allez vous présenter et vite le remplacer, croyez-moi !
LOUIS
RICHAUD
Hum… je
ne demande qu'à vous croire... mais sous quelle étiquette dois-je me présenter ?
MICHEL TARESCQ
Indépendant socialiste, un costume sur mesure pour vous ! Vous
ne me semblez pas encore convaincu, Richaud !
LOUIS RICHAUD faisant allusion aux dépenses de ses maîtresses
C’est que… voyez-vous M. le Ministre, en dépit des bons résultats affichés… mes pertes sèches les
plus cinglantes, jusqu’ici, je les dois surtout aux maisons de couture.
MICHEL TARESQ riant de bon cœur
Sacré Richaud, vous ne changerez donc jamais ! Bon soyons sérieux, je vous explique la situation
en vertu des informations qui viennent tout juste de m'être confiées : en lieu et place de Navarrin, bienfaisant notoire sans conteste, les révolutionnaires entendent présenter un candidat
totalement inconnu dans l’arrondissement. Funeste erreur, convenons-en ! Alors nous allons nous arranger pour qu’à Vous et à Lui, s’opposent quelques orateurs des plus virulents, voyez, des
sortes de perturbateurs ! Vous me suivez ?
LOUIS RICHAUD
Pas encore tout à fait, Monsieur le...
MICHEL
TARESCQ
Avec
notre soutien discret, vous serez le mieux placé au 1er tour… costume oblige ! Et au second tour, vous deviendrez l’homme providentiel, « le seul vrai candidat d’Union
Républicaine. » Alors ? Convaincu cette fois ?
LOUIS RICHAUD
C’est que je ne suis pas encore un homme d’Etat, M. le
Ministre !
MICHEL TARESQ
Allons Richaud, pas de fausse modestie avec moi, et surtout, pas avant le déjeuner. Réfléchissez peu et décidez-vous vite. Une occasion pareille doit se saisir sur le champ ! Ma
parole, c’est à croire que la conscience humaine fait naufrage par chez nous. Tenez hier encore, on m’apprenait que de faux billets de 1 000 F circulaient en ville... et tellement bien imités que
la Banque ne peut en refuser le remboursement. Autant vous dire, mon collègue des Finances s’en émeut à juste titre.
LOUIS
RICHAUD
Des
billets de 1 000 F ? Gros calibre ! Vous faites bien de m'en prévenir...
MICHEL TARESQ
Attention Richaud, n'ébruitez pas ! Je vous ordonne la
discrétion absolue. Le Parquet enquête ! Nous ne savons pas encore à qui nous avons à faire... peut-être une bande organisée, un coup d'éclat des
anarchistes… ?
CECILE frappe et entre dans
le bureau
M.
Richaud ? M. Dumont demande si vous pouvez le recevoir ? Dois-je le faire patienter ?
MICHEL TARESCQ
Pas à cause moi en tout cas Melle, car j’ai même dépassé le temps
qui m'était imparti... Dumont… Dumont ? C’est un nom qui me dit quelque chose…
LOUIS RICHAUD raccompagne le ministre
Dumont, Franck Dumont, un théoricien anarchiste justement. Une espèce d’illuminé que j’ai le
désavantage de loger sous les combles de cette maison même, car il en est de je ne sais combien de termes en retard…
MICHEL TARESCQ en plaisantant
Sûrement pas lui, le faux-monnayeur, alors…
LOUIS
RICHAUD
Ah ça ! Certainement pas, non !
15. INT. Fin d’après-midi. Cage d’escalier du 2ème étage.
Cécile descend en pleurant et croise Edith. La brève discussion nous apprend que Cécile culpabilisait d’avoir pris la place d’Edith chez Richaud. Edith la rassure et lui fait promettre de ne plus
se laisser faire par Richaud. Elle la prend dans ses bras…
Edith LEGRAND
Bonsoir Cécile… qu'est-ce qui t'arrives… pourquoi tu pleures ?
CECILE DUCORD
Edith... ma mère et moi,
on n’y est pour rien… je veux dire si je travaille à votre place, c’est parce qu’il est venu l'autre matin… et le soir c’était fait
!
Edith
LEGRAND
Je sais tout ça ! C'est
pour ça qu'on te voit plus ? Que depuis, tu nous dit à peine bonjour ? Tu sais, je n'ai aucune raison de vous en vouloir. En vérité, si tu m'as remplacée, c'est parce que c'est moi qui suis
partie !
CECILE DUCORD
Mais... j'étais-là quand ma mère vous a
remis la lettre de M. Richaud...
Edith
LEGRAND
Je m'y attendais, tu sais, ma décision était déjà
prise ! Mais dis-moi, c'est vraiment que pour ça que tu pleures ?
Cécile baisse la tête
Je voudrais que tu me promettes quelque chose Cécile, quelque chose de très important... tu veux bien faire quelque chose pour moi ?
CECILE DUCORD timidement
Si je peux… j’en serai très heureuse Mlle Legrand !
Edith LEGRAND lui prend le visage entre ses
mains
Regarde-moi bien dans les yeux, Cécile ! Si
Richaud t’oblige à faire des choses qui ne te semblent pas propres… ne te laisse pas faire, et surtout, ne le laisse pas faire ! Crie donc comme un putois, et il s’éloignera, tu verras !
CECILE DUCORD
Mais s'il va se plaindre à ma mère
après… ?
Edith
LEGRAND
C’est lui le malpropre ! Et ce n’est pas ta mère qui se fait tripoter ! Rien ne lui donne le droit de
te salir ! Tu es une jeune fille formidable qui entre tout juste dans la vie, tu n’as rien à te reprocher ! Tu me le promets ?
elle la serre dans ses bras, des larmes coulent des yeux de Cécile.
16. INT. Soirée. Appart Nicolas Marais.
Catherine tente de soustraire d’autres billets à Marais, qui se défend comme il peut. Elle l’humilie et finit par lui torpiller ses 2 derniers
billets…
NICOLAS MARAIS
S’il te plaît ma colombe chérie, patiente un peu, qu'est-ce que tu crois ? Ils me tombent pas du ciel ces
billets...
CATHERINE
GERBIER
Qu'est-ce que tu
veux que ça me fasse, petit comptable à la manque !
NICOLAS MARAIS
Demain j'en aurais d'autres... on dirait que tu
fais exprès de pas comprendre !CATHERINE GERBIER
Comprendre quoi ? Que t’es déjà pingre avec ta colombe ?
NICOLAS MARAIS
Ces fafiots, ils me coûtent les yeux de la tête, et j’ai des comptes à rendre… sans compter les risques que toute l’affaire
comporte !
CATHERINE
GERBIER
Qu’est-ce que tu
me chantes ? C’est la Banque qui les rembourse ! Tu te fais ton petit magot en douce, c'est ça ?
NICOLAS MARAIS
Tu es folle ? Je t’en ai déjà donné 4 coups sur coup, je peux plus
!
CATHERINE
GERBIER d’un ton méchant
Regarde-toi dans une glace, tu deviens moche, t’as la ganache terne, l’œil mollasson du subalterne qui n’osera jamais se tirer avec
la caisse. T'es pathétique mon pauvre Nicolas ! Garde-les tes jolies gravures, et couche avec tant que t'y es ! Les minables comme toi, j’en ai assez soupé
!
NICOLAS
MARAIS sort un calepin de la poche de sa veste
Ne fais pas ça Catherine, je tiens à toi… plus que tout, tu le sais ? Regarde, c’est mon… mes 2
derniers fafiots...
CATHERINE GERBIER
Tais-toi, menteur ! Je le vois bien que tu m'embobines !
NICOLAS MARAIS
Je peux t’en céder un contre quelques petites coupures... pour que je puisse faire patienter le fournisseur
mais…
CATHERINE
GERBIER
C’est ça, et
bientôt, tu vas me demander de t’entretenir. Je te préviens, demain, t’envoies 5 ou 6 fafiots pour me remettre au goût du jour. Sinon bernique !
NICOLAS MARAIS
Non, pas autant, je pourrais
pas...
CATHERINE
GERBIER l’embrasse perfidement et lui prend les billets
T’as jusqu’à demain, chéri !
NICOLAS MARAIS
Non ma colombe, pas les 2… ! Et mes petites
coupures ?
CATHERINE
GERBIER
Pffff ! A quoi
bon… il me reste à peine 2 sacs !
17. INT. Fin de journée. Bureau Louis Richaud.
Louis et Franck discutent politique. Ils évoquent le renvoi d’Henriette. Richaud reste beau joueur et raccompagne
Franck.
LOUIS RICHAUD avec une suffisance
exagérée
M.
Dumont, vous êtes… comme vous dites, un « en-dehors » c’est bien ça ? Alors que moi, voyez vous, je me suis engagé politiquement parlant, en tant… que… Indépendant socialiste !
Voyez ?
FRANCK
DUMONT
Aucune forme de
socialisme ne peut séduire un anarchiste, M. Richaud. Le collectivisme réduit l’individu à une espèce de machine à produire et à consommer… et ses contrefaçons servent de refuge à des
réactionnaires encore plus dangereux que ceux qui s’affichent carrément en tant que tels !
LOUIS RICHAUD
Là, vous forcez un peu le trait, M. Dumont. Réactionnaire ? Moi ? Un membre de la
Ligue des Droits de l’Homme ? Savez-vous que j'envisage même très prochainement la Députation ?
FRANCK DUMONT
En effet, j’ai cru comprendre que vous aviez de la
visite...
LOUIS
RICHAUD
Michel Taresq,
le Ministre de la Justice en personne !
FRANCK DUMONT
Nous nous sommes déjà salués dans l’escalier. Justement, des amis ont publié récemment une brochure retraçant son parcours depuis 10 ans. Le titre en était : « Le Ministre
en place de la Justice en route ! »
LOUIS RICHAUD
Vos brochures brocardent tous les gens de pouvoir ! C'est un homme brillant, un grand homme d’état ! Seulement pour vous, les
anarchistes… l’état !
FRANCK DUMONT
M. Richaud, les anarchistes ne veulent qu'une chose : vivre libres de toute autorité gouvernementale, de toute exploitation capitaliste, de tout contrat social imposé, et cela,
sans attendre le bon vouloir des Députés, d’où qu’ils viennent !
LOUIS RICHAUD se lève de son bureau
Mon cher Dumont, si c’est vraiment ce que veulent les anarchistes, je
gage que vous attendiez encore longtemps…
FRANCK DUMONT
J’avais encore un mot à vous dire, Monsieur.
LOUIS RICHAUD
Au sujet de votre amie, peut-être ?
FRANCK DUMONT
Elle m’a fait part d’une scène violente entre vous...
LOUIS RICHAUD en le
reconduisant
Votre amie
est très nerveuse, M. Dumont. Ce petit repos forcé lui aura fait certainement le plus grand bien. Mais je suis beau joueur, et j’ai fourni sur elle de bons renseignements aux employeurs qui ont
pris la peine de m’en réclamer.
sans laisser à Franck le temps de s’exprimer
Vous savez, je ne vous en veux pas d’être anarchiste, toutes les opinions sont libres et quant aux termes en retard, puisque Mlle Legrand s’est trouvée sans emploi
quelque temps, j'en tiendrai compte, ne vous tracassez pas trop à ce sujet. Au revoir M. Dumont.
18. INT. Début d’après-midi. Appart Franck & Edith
Edith va partir travailler. Franck est assis à sa table de travail. Elle lui fait part d’une information qu’elle tient de Cécile, comme quoi Richaud et Lesueur soupçonneraient Pierre Marais de
s’enrichir à leurs dépens. Franck lui prouve qu’il a été tenu au courant de cet incident, et qu’elle n’a pas lieu de s’inquiéter.
Edith LEGRAND
Franck,
j’ai comme un poids qui m’oppresse, un pressentiment dont je ne suis pas maîtresse… il me semble que nous avons agi trop vite !
FRANCK DUMONT
Ecoute, Nicolas n’est pas un idéaliste, d’accord. Mais dans cette
entreprise, il est quand même juste qu’il ait sa part de bénéfices.
Edith LEGRAND
Mais comment tu peux ignorer cette nature légère à s’afficher n'importe où avec n'importe qui
?
FRANCK
DUMONT
Ce n'est qu'une
affaire de tempérament individuel. Et puis parmi nous, personne n’était mieux placé que lui pour écouler d'aussi grosses coupures. Ce ne sont pas les ouvriers qui utilisent des billets de 1 000 F
! En limitant les plaintes, on réduit les risques !
Edith LEGRAND
Cécile est montée me voir ce matin. Du bureau privé de Richaud, elle entend des choses. Tu savais que Richaud avait remarqué son
changement de train de vie et soupçonnait Marais de s’enrichir frauduleusement à ses dépens ?
FRANCK DUMONT
Oui, Nicolas m’a fait part de certaines difficultés...
Edith LEGRAND
Pourquoi ne m’en as-tu pas parlé Franck
?
FRANCK
DUMONT
Les soupçons ne
concernaient pas les faux billets !
Edith LEGRAND
Juste sa façon de vivre, ses allures et un certain luxe que son salaire n’explique pas. Sans compter la Catherine, avec laquelle il s’est acoquiné et qui depuis, ne se gêne pas
pour parader et le crier sur les toits.
FRANCK DUMONT
Je sais tout ça, ma douce, même que c’est Lesueur qui a mis Richaud sur la piste. Et Nicolas s’en est justifié en avouant avoir reçu un petit héritage du côté de sa mère. Tu
vois bien qu’il ne m’a rien caché !
Edith LEGRAND
Je t’aime Franck ! La toute première fois qu'on s'est rencontré, tu m'as écrit ton adresse sur un ticket de reçu d'un imprimeur. Tu n'avais que ça dans tes poches. Et tu m'as
dit une phrase toute simple... ma vie a chaviré en une seconde puisqu'à partir de cet instant-là, je n'ai jamais cessé de t'aimer !
FRANCK DUMONT
C'était sans doute une formule magique inspirée par tes jolis yeux
!
Edith
LEGRAND
En rentrant chez
moi, je l'ai écrite au dos du reçu, je l'ai plié, rangé et depuis, elle ne m'a jamais quittée !
FRANCK DUMONT
Tu ne me l'as jamais dit... c'est quoi cette phrase ?
Edith LEGRAND sort un papier
froissé qu'elle déplie soigneusement
« Je suis un homme en liberté »
FRANCK DUMONT l'embrasse et la serre contre lui
Moi aussi je t'aime ! En ce moment, je n'arrive pas à m'empêcher de
penser... je pense à tout ce qu’imaginent nos détracteurs, à toute la calomnie qu’ils s’ingénient à inventer pour nous mettre au ban de la société… et je me sens foudroyé à l’idée
qu’inconsciemment, par nos craintes et nos doutes, nous parachevons leur jugement !
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