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Dimanche 10 janvier 2010 7 10 /01 /2010 22:15
1. INT. Après-midi. Bureau de Louis Richaud.

Cette scène sera tournée en cinéma muet.

On découvre l’univers luxueux du cabinet de
LOUIS RICHAUD, qui dicte un courrier à sa secrétaire Edith LEGRAND.
Elle est assise au milieu de la pièce, en recul du bureau, un bloc-sténo sur ses genoux croisés. Bien concentrée sur son sujet, sa main est habile sur le papier.
Louis consulte sa montre et tout en continuant à dicter, vient poser une fesse sur l’angle du bureau.
Absorbée par sa tâche, Edith n’y prête pas attention.
Louis se lève et s'approche d'elle. Sa main veut entre-bailler le chemisier.
Tressaillement et regard réprobateur d’Edith qui réunit ses effets de bureau.
Louis insiste et se penche vers elle.
La main d’Edith tâtonne sous sa chaise où repose une serviette en cuir… Elle se redresse promptement et ouvre la serviette...
La poigne autoritaire de Louis la saisit par l’avant-bras !
Elle crie sauvagement… ! Surpris, Louis relâche son étreinte…
le bras d’Edith se libère sèchement ! Elle se lève dans la foulée.
La serviette calée sous l'autre bras lui échappe… son contenu s’étale sur le parquet.
Louis et Edith s’affrontent ouvertement du regard ! Profondeur et détermination émergent lumineusement en faveur de la femme.
Louis baisse les yeux !
Dépité, il distingue au sol la brochure  « Ni Dieux, ni Maîtres »

2. INT. Après-midi. Appart Franck & Edith


On découvre l'univers de l'appartement mansardé de FRANCK DUMONT, penché sur sa table de travail entouré de paperasse tandis qu’une VOIX-OFF nous LIT un prologue. LEGER BRUIT de PAS qui se RAPPROCHENT dans un escalier. Franck lève des yeux pensifs vers la petite fenêtre donnant sur les toits, comme s’il reprenait tout à coup le fil d’une idée en marche… ARRET des PAS. On FRAPPE à la porte. Franck décroche de sa rêverie.

VOIX-OFF
« Il y aura 21 ans, le 7 décembre de cette année, que dans une cellule de la maison d’arrêt de la Santé, j’ai achevé la pièce qu’on va lire. Je solliciterais l’indulgence de ceux qui accepteront de suivre son déroulement jusqu’au bout, si j’avais voulu faire œuvre littéraire. Mais ce n’est pas le cas. Je me suis bien plus soucié de présenter une thèse qui ne soit pas un travail d’imagination pure, puisque les personnages qui la mettent en action ne sont nullement des êtres fictifs, quoi qu’on puisse en penser. »
15 Octobre 1928. E. Armand.

3. INT. Après-midi. Cage d’escalier. Palier du 6ème.

La porte s’ouvre sur Mme DUCORD, quelque peu essoufflée, un gros paquet de courrier et d’imprimés sous le bras. La conversation nous apprend que Cécile est sur le point d’être engagée par Richaud, et que Franck est en retard de quelques mois de loyer.

Mme DUCORD lui remet le paquet de lettres
Bonsoir M. Dumont ! Rien que le courrier du soir !
FRANCK DUMONT
Bonsoir Mme Ducord ! Ah encore toutes ces brochures… !
Mme DUCORD
Dame, à part M. Richaud, c’est vous qui recevez le plus de courrier ici… et au 6ème en plus !
FRANCK DUMONT
Vous auriez dû attendre que ma compagne rentre pour lui remettre, ça vous aurez évité de monter... je peux vous offrir quelque chose... ?
Mme DUCORD
Non merci, sans façon, ma fille m'attend en bas...
FRANCK DUMONT
Vous lui passerez le bonsoir de notre part ! Et à propos, pour son engagement… ? Y'a du nouveau ?
Mme DUCORD d’un ton confidentiel
C’est en très bonne voie. Figurez-vous que ce matin, M. Richaud est venu tout spécialement pour la voir…
FRANCK DUMONT sur le même ton
S’il s’est déplacé, c’est en effet bon signe !
Mme DUCORD
Oui ! Ensuite il m’a dit qu’en 2 ou 3 semaines, elle serait tout à fait au courant… Et elle aura peut-être 450 F par mois pour commencer !

en lui faisant signe de se rapprocher et en baissant la voix

à propos, M. Richaud m’a dit de vous dire que vous passiez le voir un de ces jours… il m'a laissé entendre que c'était à cause des termes en retard…
FRANCK DUMONT
Oui, je m'en doute. Avouez que ce ne sont pas les trois malheureux termes reportés qui vont mettre sur la paille le futur patron de votre demoiselle Cécile.
Mme DUCORD
Pour sûr, non ! Enfin, moi ce que j'en dis... voilà commission faite. Bonsoir M. Dumont, et passez le bonsoir à votre dame.
FRANCK DUMONT
J’y manquerai pas. Merci pour le dérangement ! Bonne soirée Mme Ducord.

Il la regarde descendre l’escalier d'un air anxieux.

1 b. INT. Bureau de Louis Richaud.

Edith ramasse la serviette et son contenu. Arrogant, Louis pose son pied sur la brochure « Ni Dieux, ni Maîtres » Les mains d’Edith tentent de lui retirer, en vain…elle lui ordonne d’ôter son pied. Louis pavoise et met en exergue la liberté sexuelle prônée par Dumont. Excédée, Henriette lui mord la jambe. Louis grimace fortement en criant malgré lui… !


LOUIS RICHAUD
La propagande de Dumont ! Ne croyez pas que je sois aussi ignorant que je veuille bien le laisser paraître. Je suis parfaitement au courant des activités subversives de votre compagnon, Mlle Legrand
Edith LEGRAND
Ôtez immédiatement le pied de cette brochure !
LOUIS RICHAUD
Pourquoi jouez-vous les prudes avec moi ?
Edith LEGRAND ses mains forcent sur la cheville
C’est une épreuve originale que je dois apporter chez l’imprimeur…
LOUIS RICHAUD
N’est-ce pas Dumont qui signe des articles sur la pluralité amoureuse ? Parce qu’il s’agit bien d’amour libre entre vous et cet « illuminé », non ?
CRI DE DOULEUR CONTENUE

2 b. INT Appart Franck & Edith

Franck, à sa table de travail, lit le courrier avec gravité et consternation. Sa VOIX intérieure nous résume les déboires des compagnons contraints à l’inactivité, faute de moyens. Visiblement affecté, il ouvre la fenêtre pour respirer l’air frais qui s’engouffre dans la pièce. Puis il emprunte le couloir de la cuisine. Frôlant sa table de travail, une pile de papiers s’écroule…

FRANCK DUMONT
off
La conférencière de Bordeaux n’a pas pu payer la location de la salle… Traqué par les autorités, le jeune Félix Gauthier souhaite partir en Amérique du Sud pour se soustraire à l’obligation de la caserne… et là encore et encore... toujours des appels de fonds ! L'argent... ce maudit argent qui fait de nous ses esclaves...

1 c. INT. Bureau de Louis Richaud.

Accroupie, Edith classe et range rapidement les papiers dans la serviette. Louis Richaud affirme pouvoir s’offrir Cécile Ducord, pour 450 F par mois. Edith lui répond avec ironie en bouclant la serviette.

LOUIS RICHAUD
Les sténo-dactylo ne manquent pas sur la place de Paris... une simple annonce dans le journal… et le lendemain, j’ai cent postulantes qui s’offriront à faire le même travail que vous… et pour moins de salaire encore… Sans compter les termes de retard que vous me devez pour le logement... Savez-vous que je vous ai encore augmenté ce mois-ci ?
Edith LEGRAND
Je ne vous réclame rien !
LOUIS RICHAUD
Encore heureux ! Tenez, sans aller chercher bien loin… vous voyez, la petite Cécile, la fille de Mme Ducord... si fraîche et d’une tendre gaieté printanière... je peux me l’offrir pour… à peine 450 F par mois !
Edith LEGRAND
Et avec la bénédiction de sa mère en prime, je sais tout ça !

4. INT. Après-midi. Cuisine Franck & Edith

Agenouillé devant une étagère, Franck retire des objets et actionne la trappe d’une planque aménagée. Sa voix intérieure nous renseigne sur les motifs qui le pousse à agir. Une fois la planque ouverte, il marque un arrêt. Nous partageons son conflit intérieur. Sa main cherche…  et trouve du bout des doigts…

FRANCK DUMONT (off)
Partout, des camarades cloués à leur triste sort… les brochures ne quittent plus les tiroirs… Manqué-je de courage, bon sang ?

1 d. INT. Bureau de Louis Richaud.

La main de Louis frotte sa cheville endolorie par la morsure. Il se lève et tente subitement de la saisir par la taille… Edith se dérobe et se précipite sur le loquet de la porte d’entrée.

LOUIS RICHAUD
Vous savez Mlle Legrand, si j’ai fermé les yeux sur une telle accumulation de termes en retard, ce n’est pas sans raison… c'est parce que vous me plaisez vraiment !
Edith LEGRAND
Laissez-moi, espèce de salaud !

4 b. INT. Cuisine Franck & Edith

Franck de dos, agenouillé, tête inclinée, bras ballants… Son visage porte à la fois le masque de l’inquiétude et de la fascination. Il RESPIRE fort, son regard nous guide vers une boite en fer, poussiéreuse et cabossée, qu’il vient d’extraire de la planque. Cette vision absorbe toute ses pensées…

5. INT. Début de soirée. Loge de Mme Ducord.

CLAQUEMENT PORTE D’ENTREE. Mme Ducord entre dans sa loge. BRUIT de PAS de FEMME décidée dans le couloir. La concierge ACTIONNE la fenêtre coulissante de son guichet. Edith passe… BRUIT des PAS. Mme Ducord l’apostrophe pour lui remettre un pli de la part de M. Richaud. Elle revient sur ses pas, prend le pli ironiquement. Mme Ducord la salue et referme son guichet.

Mme DUCORD
Mlle Legrand ? M. Richaud m’a chargée de vous remettre ce pli en main propre.
Edith LEGRAND revenue sur ses pas, contrariée
Il n’a pas perdu de temps l’animal !
Mme DUCORD en refermant son guichet
C’est qu’il semblait d’humeur maussade. Bonsoir Melle Legrand !

6. INT. Début de soirée. Cage d’escalier du 3ème
 étage

Edith monte les escaliers. Elle tient à la main le pli décacheté. Sur le palier du 3ème
 une porte « comptabilité » s’ouvre : NICOLAS MARAIS sort et s’apprête à fermer à clef. Il aperçoit Edith. Ils échangent quelques mots. Elle lui remet le pli. Nicolas en prend connaissance, rouvre la porte et la fait entrer dans son bureau.

NICOLAS MARAIS
Bonsoir Edith !
Edith LEGRAND
Bonsoir Nicolas ! Tu m'as l'air bien fatigué !
NICOLAS MARAIS
Pénible journée... toi, ça va ?
Edith LEGRAND lui tend le pli
Tenez M. le Comptable, dés demain, vous allez traiter cette simple formalité d'usage !NICOLAS MARAIS en prend connaissance
Quelle formalité ? Hein ? Comment… ? Tu es mise à la porte ?
Edith LEGRAND
Oui, ça t'étonne ?
NICOLAS MARAIS
Oh rien ne peut m'étonner un jour comme aujourd'hui ! Attends, viens, entre une seconde…

7. INT. Début de soirée. Bureau Nicolas Marais

Marais s’inquiète pour eux. Edith reste confiante. Ils doivent tenir une réunion ce soir, chez eux au 6ème
 et il promet qu'il sera de la partie.

NICOLAS MARAIS
Quel pourri ce Richaud ! Il se croit tout permis en ce moment ! Te mettre à porte comme ça... vous allez faire comment avec Franck, maintenant ?
Edith LEGRAND
La mouise, c'est pas nouveau... mais à chaque fois, on s'en est toujours sorti. Et puis ne disais-tu pas hier encore que j’étais la secrétaire la plus efficace du tout Paris ?
NICOLAS MARAIS
Je le pense vraiment Edith... seulement avec Franck, vous êtes trop aveuglés par vos idées, vous dépensez tout votre argent pour la propagande... vos dettes s’accumulent et Richaud en profite pour vous humilier !
Edith LEGRAND
C'est lui qui se rabaisse ! On trouvera à se loger ailleurs, c’est pas très important. On n'est pas encore aveugle au point de se soumettre à son lamentable chantage. Ce soir, pour la réunion, ça tient toujours ! Tu comptes venir ?
NICOLAS MARAIS
Bien sûr, je viendrai ! Cela ne change rien entre nous, si vous avez besoin d'aide, je suis là, tu le sais bien, hein ?
Edith LEGRAND
Parmi nos camarades, beaucoup sont plus à plaindre que nous ! C'est à eux qu'il faut penser ! A plus tard, Nicolas !

Par A. Campo - Publié dans : Mauvais temps pour les libres penseurs - Communauté : FORUM - LIBRE EXPRESSION
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